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0 Flyer

Création du flyer : Coralie Hamzaoui

 

LIEU : Le dressing. espace d'art Free'P'Star
ADRESSE : 61 rue de la Verrerie. 75004 Paris
ACCÈS : M° Hotel de ville

DATE
: du 1er au 31 mai 2010
HORAIRES : jours & nuits  
Lundi-Samedi : 11h-3h                                             
Dimanche : 14h-3h
Jours fériés : 15h-3h
Visibilité idéale : 20h-21h

 

RENCONTRE AVEC L'ARTISTE : mardi 11 mai 2010 de 19h à 20h



LES NAGEUSES

Éliane Chiron



Cette vidéo provient de la piscine d’un grand hôtel de la capitale du Bahreïn, filmée en plongée depuis la fenêtre de ma chambre quand j’y suis allée récemment. L’eau n’est pas cadrée par la forme de la piscine mais par les bords de l’écran de contrôle. Déjà nous ne savons plus où nous sommes. Déjà je suis perdue.

Par le traitement numérique, notamment le travail de la couleur-matière, j’ai voulu donner l’impression que les Nageuses se déplacent à l’intérieur de leur corps, tout d’abord dans leur propre sang. C’est comme lorsqu’on passe dans la rue devant la vitrine : on est hors de chez soi, mais on est dans la ville. Inversement, il fallait que les Nageuses donnent l’impression de faire naître, de leurs mouvements, les couleurs. Quand nous inspirons l’air, c’est pour que notre corps fabrique de l’eau. Ce processus biologique est ici augmenté de la permanence, restée plus vive chez l’artiste, d’une mémoire fœtale. D’où cette oscillation irréductible : les nageuses respirent-elles de l’air ? Sont-elles en apnée ? Sont-elles en train de se donner la vie, comme le fait l’artiste qui naît de son œuvre ? Prennent-elles le risque de l’artiste, d’y perdre la vie, et de renaître ? D’être comme ce que Paul Klee a fait écrire sur sa tombe : « aussi bien chez lez morts que chez ceux qui ne sont pas encore nés » ?

Au cours du travail, je me suis aperçue que la vidéo retrouvait le sens originel de purification qu’a le mot piscine, y compris dans les centrales nucléaires, où s’y effectue la désactivation des impuretés. Ici, ce sens est sous-jacent et sourdement contredit. D’une part le son semble provenir d’un corps-machine. D’autre part la lenteur produit l’impression d’un liquide épais, devenant lave en fusion qui consume la nageuse, à la septième et dernière séquence. Cette eau lourde, nocturne, ne devient jamais pure. Les nageuses restent impures, même si, en artistes, c’est leur propre vie qu’elles se donnent ; à l’aide du matériau digital qu’elles façonnent. Le travail du numérique procède d’une obscure histologie du corps, fusion du code digital (0-1) et du code génétique, avatar de la « race des femmes » dont parle Hésiode (Nicole Loraux, Les enfants d’Athéna), femmes « fabriquées », dérivées, comme Ève. Fusion où l’artiste, trinité d’un nouveau genre, hybride, tient aussi les rôles d’Hephaïstos qui fabrique Pandora et de Zeus qui en donne l’ordre.

Ainsi, se révèle un désir de voir isomorphe au chiasme de la vision : désir de voir que les tissus : soies, velours, ou autres, dont se vêtent les femmes (comme on a richement vêtue et ornée Pandora), soient le retournement de nos tissus et liquides physiologiques. Et inversement. En somme : « faire corps ». Alors que nous n’échappons pas à notre enveloppe corporelle, les Nageuses en ont le pouvoir. Dans et hors de leur corps écranique, qui est leur matériau et leur chantier, elles s’affairent à leur réversibilité, réitérant la lente phylogenèse humaine, que rappelle François Dagognet (Philosophie d’un retournement). Et ce chantier de l’œuvre, que l’artiste puise en soi, en son corps d’artiste, envahit l’espace public, faisant apparaître, entrelacé avec la rue, la ville, le fleuve qui la traverse, ce que Merleau-Ponty nomme « la chair du monde ». En ce sens les Nageuses, plus intensément que nous, sujets socialisés, sont « à la ville », « à la rue ».

Ce qu’on nomme l’immersion numérique dans l’art contemporain serait une actualisation de la « chair du monde », d’un monde à naître à chaque œuvre, aussi bien que de l’« altérité intime » selon Marc Augé, où l’artiste en nageuse brouille les genres et réactive les mythes, retrouve le chemin du sang d’une généalogie mythique. En s’incarnant dans d’autres corps, l’artiste se fond dans le paysage liquide comme le sang dans les veines, incorpore ce paysage intime où son corps ne trouve pas sa place. Cette chair du monde, cette altérité intime, c’est ma part impersonnelle.

 



Regard de Mariano Néto : Les Nageuses d'Éliane Chiron


Le lieu propre à une époque de crise

J’ai trouvé votre vidéo très originale sur la façade de Dressing Free’P’Star. Votre expression se trouve là pour tous les passants et elle fait rêver. Les Nageuses sont pleines d’activismes chromatiques, virtuels et bien artistiques. Elles diffusent de la violence intime, cette ultime flamme qui semble ne jamais s’éteindre dans les veines de l’artiste. Ce lieu artistique, le vôtre, pas celui, alternatif de la maison de « freeps », on finirait toujours par le croiser. Inexorablement, votre art répond à cette époque de crise, où la démocratisation des moyens artistiques reste un impératif.


L’histoire vraie d’un passant qui ne voit point et d’autres qui s’arrêtent

Un jeune homme est passé, pendant que je regardais votre vidéo. Il a parlé à son interlocuteur : « je passe à côté de beaucoup de choses ». Sans le savoir, il avait raison, car il passait devant Les Nageuses sans même s’en rendre compte. Mais heureusement, d’autres se sont arrêtés devant, et se sont approchés de très près.
 

Celui qui pense que Les Nageuses donnent indubitablement un statut artistique à Dressing Free’P’Star n’a pas tort. C’est un endroit de croisements et de passage comme l’art qui l’est en plus. Oui, c’est là, dans ce lieu que vos nageuses se succèdent. Elles semblent vivre telles des sirènes dans les eaux profondes de l’imaginaire. Elles coulent sur des mers de larmes de sang.


Ici l’art visuel croise ces carrefours de passage, aux nuances et couleurs bien allumées

La vidéo a l’art de diffuser des couleurs bien allumées.
 

Au fil des heures, Les nageuses traversent ces fleuves, ces rivières, on n’en sait, remplis de couleurs et de matérialités virtuelles… Elles flottent, elles glissent, elles sillonnent des plages imaginaires, là lointain et ici très près, où nous voyons sans voir ces lieux incertains dans l’axe visuel d’un point d’aveuglement.

   

Les nageuses glissent sur les prunelles noires de nos yeux éclaboussés de lumières et sur des larmes de sang

Vos nageuses glissent sur des larmes de sang et sur ces flots imaginaires des prunelles noires de nos yeux éclaboussés de lumières. Une extrême violence s’en dégage. Des tâches de couleurs, des bleus très électriques se métamorphosent en chair, en corps gracieux de nageuses, en esprit - l’essence visuelle. Parfois des graphismes synthétisent la matérialité virtuelle corporelle.
 

Le plus beau : le noir étincelle tel un diamant noir dans les plages sur lesquelles vos nageuses évoluent. Il y a de la réverbération de la lumière, des éclaboussures scintillantes dans ces rivages ténébreux et profonds. 

Nous avons de quoi ne pas nous en douter : il y a de la lumière dans l’ombre ! 

Il ne suffit que de repenser à vos jaunes chargés de « dramacité » : ils sont devenus des coulées de feu, en dessinant des flammes, tout comme de l’ambre fondu, ou de la lave d’un volcan en éruption et coulant sur cet océan frappant de mers de sang.

 

Mariano Néto, Paris, le 1 mai 2010.

Mariano Néto
artiste plasticien
docteur en arts plastiques, Université de Paris I Panthéon Sorbonne


 

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ÉLIANE CHIRON

Les nageuses, 2010

vidéo numérique, 6’50 en boucle
Traitement des images et son : Hervé Penhoat

© Éliane Chiron

 

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12 Les Nageuses14 Les Nageuses

 

 


Présentation de l'artiste

 

ÉLIANE CHIRON
www.elianechiron.com

 

Éliane Chiron, agrégée, docteur en arts plastiques et Sciences de l’art, docteur d’État ès lettres et Sciences humaines, professeure des universités à Paris1 Panthéon-Sorbonne. En tant qu’artiste, elle réalise des vidéo-performances, installations, images numériques et vidéos. Elle dirige le Centre de Recherche en Arts Visuels (CRAV). Ses recherches portent sur le procès créateur et les mutations du regard contemporain. Elle a dirigé sept ouvrages collectifs, donné des conférences et publié de nombreux articles en France et à l’international. Dernières expositions et conférences à l’étranger : au Bahrein et dans le Sultanat d’Oman.

 
ACTIVITÉS ARTISTIQUES (depuis 1991)
 

EXPOSITIONS PERSONNELLES en France et à l’étranger

France   

1991 - Chapelle de la Sorbonne, Paris.
1991 - Musée de Chateaumeillant : Parcours 91.
1994 - Galerie Victor Hugo, Bourges : Voyages / déplis.
1996 - Espace Saint-Eman, Chartres : Hommage à M., installation (autour de Jean Moulin), octobre 1996.
1998 - Château Dampierre, Valenciennes : Hommage à M., 15 installations in situ, dont 2 installations sonores, peintures dessins. Catalogue.
2001 - Scène Nationale - Centre d’Art Contemporain d’Orléans : Une sorte de rendez-vous, installations in situ d’images numériques, de sons et de textes, juin-septembre 2001.
2007 - Galerie Crous-Beaux arts, Paris : Toujours des rendez-vous, impressions numériques, installation, vidéo-performance. Catalogue.
Livre d’artiste : LR (et personne n’en saura rien), avec un texte de J. Leenhardt, fév. 2007.
 

Brésil   

1996 - Torreão, Porto Alegre : La ceinture d'Aphrodite ou le réveil de la mariée, installation sonore, conférence-performance, mai 1996. 

Martinique   

2001 - galerie de l’IUFM, Schœlcher : Rendez-vous avec L.M., installation d’images métisses autour de Louise Michel, février 2001.    

Canada   

2001 - Ecole d’Architecture, Faculté de l’Aménagement, Université de Montréal : installation d’images numériques, octobre 2001. 

Corée du Sud   

2003 - Centre culturel de la ville de Daegu : Atopies, installation sonore et vidéo, 2-17 septembre 2003. Catalogue.
2003 - Young Kwang gallery, Busan : Le calme n’arrive jamais, images numériques, installation, août-septembre. Catalogue.

Chine   

2005 - Commande d’un projet de sculpture urbaine, septembre 2005. 

Tunisie   

2006 - Palais Kheireddine, musée de la ville de Tunis, Tunis : Sorti de la mer au rivage, images numériques, installations et vidéo-performance, janvier-février 2006. Catalogue. 

Bahreïn   

2009 - Centre Ibrahim Al-Amayed, Manama : Mes Orients, installations d’images numériques et de 2 vidéos sonores, 15-22 mars 2009. Catalogue.
Programmation 2011 : Bin Mattar House, Muharraq, Bahreïn : Immersion, installation d’images numériques et de vidéos sonores.
 

Oman   

2010 - invitation Maryam Al Zadjali, Director of the Omani Society for Fine Arts, Mascate : High Noon (1’30) et La mer (2’), vidéos sonores, 10-15 avril 2010. 

 

EXPOSITIONS COLLECTIVES en France et à l'étranger (sélection)      

France   

1991 - Abbaye de Noirlac : série des Marcheurs. Acquisition.
1992 - Centre culturel, Vierzon.
1993 - Centre culturel, Dreux.
1993 - Galerie Everarts, Paris.
1997 - Galerie d'art et d'essai de l'Université de Rennes II, Rennes : Quodlibets, série des Rendez-vous.
1997 - Salle Michel Journiac, Université Paris I, Paris : Métissages, vernissage-performance.
1998 - Galerie de l'Ex-Prévôté, Saint-Aignan, Cher : série Douceur de l'abîme
2000 - Collégiale Saint-André, Chartres : En allant vers le nord et vers le sud (une sorte de rendez-vous), installation in situ avec textes. Catalogue.
2000 - Galerie du Haut-Pavé, Paris : exposition franco-brésilienne. Catalogue.
2000 - Galerie EROA, Arras, Pas-de-Calais : Fragments, installation.
2003 - Les Hauts de Belleville, Paris : Contresens, vidéo-performance, mars 2003.
2004 - Espace Le Scribe-L’Harmattan, Paris : Paysages croisés. Tunisie-France, janvier 2004. Catalogue.
2006 - Galerie La Passerelle, Rouen - Mont Saint-Aignan : Artistes plurielles, vidéo-performance sonore (15‘), février 2006.
2006 - Lyon : Rencontres interrégionales, Régions et diversité culturelle, Cité internationale des congrès, org. Région Rhônes-Alpes, GERM (Groupe d’études et de recherches sur les mondialisations) et OPC (Observatoire des politiques culturelles) : Noces au noir (5’), vidéo-performance sonore, 29 septembre 2006.
2007 - Galerie Soufflot, Paris : Miroir brisé (Paris-Venise), Paysages intérieurs, installation lumineuse monumentale d’images numériques, avril 2007. Catalogue.
2008 - Galerie Michel Journiac, Paris : Habiter, migrer, muter, High Noon (1’30), La mer (2’), vidéos numériques.
2009 - Centre culturel arabe syrien, Paris : Mutations de l’intime contemporain (commissaire Mona Al Baiti), Mer n°3, vidéo numérique sonore, juillet 2009. Artiste d’honneur. Catalogue.
2009 - Corte, Université de Corse, Aléria : Le sang des cloches (2’16) et La rivière en feu (1’30), vidéos numériques, juin 2009.
2009 - Paris : Nuit blanche LE OFF Urbanheart (Commissaires Claire Couffy et Anaïs Lelièvre), Hearth (1’30), vidéo numérique, 3 octobre 2009. Catalogue.
2009 - ENSBA, salle de conférences, Paris : colloque Migrations-mutations dans l’art contemporainHigh Noon (1’30), La mer (2’), vidéos numériques sonores, 4 nov. 2009. 

Martinique   

1993 - Galerie Khokho, Fort-de-France : L'art des autres, série Vénus Noires.
2005 - Centre des cultures de la Caraïbe, Fonds St jacques : Noces au noir, installation dans la purgerie, janvier-février 2005. Catalogue.
 

Brésil   

1999 - Pinacothèque, UFGS de Porto Alegre : Au milieu, en allant vers le sud (une sorte de rendez-vous), installation sonore et performance.
2007 - Musée d’art du Rio Grande do Sul Ado Malagoli, Porto Alegre : Métissages dans l’art contemporain (commissaire Icleia Cattani), Atlantique est-ouest, installation d’images numériques, 200 x 500 cm., 6 déc 2007 - 20 février 2008. Catalogue.
2007 - Centre Culturel CEEE, Porto Alegre : La mer n°1 (3’), vidéo numérique.
 

Canada   

2008 - salle d’exposition de l’Université Laval, Québec : Transparence et opacité (commissaire Bernard Paquet), Eaux troubles, polyptique, images numériques, 200 x 450 cm., mai 2008. 

Corée du Sud   

2004 - Centre culturel de Daegu : Lointain-proche, France-Corée, artistes multimédia, décembre 2004. Catalogue bilingue. 

Côte d’Ivoire   

2007 - Fondation Donwahi, Abidjan : Festival international des Arts Visuels (AVA 2007), Nouveaux médias, 3 Atopies rouges, installation lumineuse in situ, 400 x 400 cm. et Noces au noir (14’50), vidéo-performance, 20 novembre - 9 décembre 2007. 

Italie    

2004 - Magasin du Fer, Arsenal, Venise : Espaces/ Environnements/ Métamorphoses, installation d’images numériques, octobre-novembre 2004. Catalogue bilingue. 

Tunisie   

2000 - Maharès : artiste-invitée au Festival international des arts plastiques de Maharès, Même le soleil t’attend avant d’aller se coucher, peinture lumineuse ; installation, Hôtel de ville de Maharès. Acquisition.
2003 - Ribat de Sousse : 4è session des Journées méditerranéennes d’Arts plastiques ; installation d’images numériques in situ, octobre 2004.
2004 - Galerie Hasdrubal, Djerba : Paysages croisés. Tunisie-France, mars 2004. Catalogue.
2006 - Institut Sup. de Musique, Tunis : Noces au noir (14’50), vidéo-performance, 15 décembre 2006.
2006 - Institut Supérieur de Musique, Sousse : Noces au noir (5’), vidéo-performance, décembre 2006.
2007 - Centre Culturel, Hammamet : La mer n°1 (3’), vidéo, avec une improvisation vocale d’Alia Sellami, novembre 2007.
 

Côte d’Ivoire   

Programmation 2010 - Abidjan : Festival international des Arts Visuels (AVA 2010), High Noon (2’42), vidéo sonore. 

 

FILMOGRAPHIE
TV de Séoul, Corée du Sud, émission de 30 mn. sur l’exposition personnelle Atopies, 2005.
Ludivine Allègue, vidéo sur l’exposition Toujours des rendez-vous. Titre : Le deuxième rendez-vous, Paris 2008.
Eunok Hwang : vidéo sur l’exposition : Toujours des rendez-vous, Paris 2007.
 

 

COLLECTIONS PRIVÉES
Toulouse, Quimper, Blois, Antibes, arthothèque du Cher, Bourges, Porto Alegre, Valenciennes, Paris, Fort-de-France, Maharès, Tunis, Gand, Daegu, Séoul, Pékin, Abidjan, Bahreïn.


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Expositions