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30 juillet 2010 5 30 /07 /juillet /2010 19:19

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LE CABINET DE MÉTAMORPHOSE

 

Karl André Thyriot

 

Dans la vidéo Le Cabinet de métamorphose, je montre de manière purement imaginative et fantasmagorique, et dans une lumière proche de celle du Caravage, un univers de curiosité.

Dans cet étrange cabinet, progressent deux personnages tout aussi inquiétants. Le docteur KAT et une jeune fille androgyne, sa future créature. Ces deux individus se découpent sur une toile de fond lugubre, agrémentée d’une collection incongrue, une accumulation d’objets divers : des verres, des pipettes, des vases et des bocaux, des livres, des ustensiles médicaux, des chaînes ainsi qu’une surprenante machine faite de bois et de fer.

Cette œuvre fait référence à la fois au fétichisme et à l’expressionnisme allemand, un univers auquel je ne suis pas étranger. Le décor et le docteur en sont des témoins. Cette période nous rappelle Le Cabinet du Docteur Galligari et les débuts du cinéma muet. Je voulais pour cette vidéo m’inspirer de ce mécanisme révolu.

Comme dans mes œuvres photographiques, la passion de la représentation, le goût d’un esthétisme particulier ou décalé par rapport à notre présent, et l’idée de la beauté sont associés. Le décor est tout aussi important. Grâce aux ustensiles, un dialogue se crée entre les deux personnages. C’est le trait d’union de ces deux êtres.

A travers le docteur, par sa pensée, son fantasme, son obsession, je transmets l’idée du canon, d’une beauté androgyne, d’une représentation particulière du corps, d’une certaine perfection. Je montre une alchimie se matérialiser. La chirurgie et la couture se mêlent et se mélangent afin d’accomplir l’acte final de métamorphose.

Cette œuvre est un miroir tendu à notre société contemporaine, obsédée par ce phénomène du canon universel, ce code de beauté qui passe aujourd’hui davantage par la chirurgie que la couture bien qu’il y ait deux points communs entre eux : le fil et l’aiguille.  

 

 

Regard de P. H. Mendras

 

« Karl est inclassable, certains diront qu’il est anticonformiste, c’est très vrai parfois mais il ne faut pas s’arrêter à un jugement rapide, c’est une personnalité complexe, un être fragile qui recèle en lui une force énorme lui permettant d’abattre des montagnes, un être sûr de lui qui doute en permanence.

De son travail, je pourrais dire qu’il lui ressemble en tous points. Il ne faut se fier à la première idée. KAT sait jouer des codes, il joue de son propre corps en véritable acteur qu’il est, ses photographies attirent par leur beauté plastique, chose qui n’est plus si courante dans l’art contemporain.

Une lecture plus précise des détails nous emmène dans un univers dérangeant, les codes de la mode, les mœurs, les tabous, tout est balayé d’un trait, d’un cliché devrais-je dire pour laisser place à l’univers de l’artiste avec sa propre logique, son sens de rotation, un univers dont la folie est la norme.

Il impressionne tout d’abord par le baroque, l’opulence, puis désarme par la simplicité, les codes sont utilisés mais réappropriés, détournés avec une connaissance de l’histoire dans ses détails, une grande conscience de la stratégie et du rôle de l’art sur la société.

Le cabinet de métamorphose est une vidéo ou l’artiste se grime en un docteur Frankenstein qui tache d’aller au bout de son fantasme et de faire d’une jeune femme son idéal de beauté. Cet idéal comme on le voit à la fin de la vidéo est bien étranger à celui que tout un chacun peut avoir, par cela KAT remet en cause notre idée du beau, met en place un système subjectif, totalitaire.

S’il est vrai que XVIIIe constitue la base de sa culture esthétique, le surréalisme n’est pas étranger à son œuvre, l’humour du dadaïsme, la culture populaire aussi, la mode et le dandysme. KAT est un dandy, un être qui choisit de faire de sa vie entière une œuvre, quelque chose d’unique, de fou qui ne puisse prêter à jugement par son unicité.

Son travail est une recherche savante qui mêle sculpture, vêtement, mise ee scène, une alchimie qu’il exprime avec fulgurance. Le tout forme un vrai travail d’artiste, une œuvre évidente et nouvelle, tous les éléments nous sont connus et pourtant l’image finale déroute le spectateur par une logique et une organisation lumineuse, drôle et grave à la fois.

A la fois acteur, metteur en scène, et photographe de ses œuvres, il met en place des décors, conçoit et réalise tous les costumes, dirige, agrafe, cloue, rien ne peut lui résister. Chacun de ses travaux est un combat qu’il livre seul le plus souvent, ou entouré de ceux qu’il aime, et de ce combat ne subsiste qu’un cliché ou une série de clichés et des costumes auxquels lui seul est capable de donner vie et sens.

A une époque ou l’habit se doit d’être pratique, neuf, cher, sexy au mieux, il met ses personnages en tenues barbares, les fait souffrir, les handicape, les déforme. Avec chaque costume un caractère, comme si le vêtement était une deuxième peau appuyant les qualités de chacun, abritant ou découvrant l’âme.

Dans une action au jardin des plantes de la ville de Roue, KAT a mis fin à un cycle et annoncé un renouveau, conscient que les cycles de la nature, les cycles de la vie, ceux de la création n’ont qu’un but : apporter au monde plus de beauté encore et à l’homme l’espoir, l’énergie de perpétuer et d’innover. »

 

1 Le Cabinet de métamorphose2 Le Cabinet de métamorphose

 

 

Présentation de l'artiste 

3 Karl André Thyriot

 

 

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Published by Le dressing - dans 2010
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